ECR

8 septembre 2010:

Sainte Nathalie
Eglise catholique romaine à Genève
Editorial Février 2010: Monsieur Pourquoi

Au lieu de manger ses pâtes, il regarde le ciel. «Les nuages avancent», déclare-t-il. Je jette un bref coup d’œil par la fenêtre et je confirme: «Oui, ils avancent. Mange tes raviolis». Sans obéir le moins du monde, il poursuit: «Pourquoi ils avancent?» «Parce que le vent les pousse». «Pourquoi?» «Parce qu'ils sont très légers». «Pourquoi?» «Parce qu'ils sont faits de vapeur». «Pourquoi?» «Parce que! Mange tes raviolis!»

Voilà. Il aura trois ans dans une semaine et je l'appelle Monsieur Pourquoi. Toute la journée, il demande pourquoi. Toute la journée, ceux qui l'entourent tentent de lui répondre et n’y réussissent pas.

C'est ça qui est fascinant avec les enfants: cette façon implacable qu'ils ont de mener l’enquête, déroulant leurs «pourquoi» à l'infini, jusqu'à ce que les adultes, à bout d'arguments, se décident à clore la discussion.

Et moi je me demande pourquoi. Pourquoi les gosses demandent-ils toujours pourquoi? Parce qu'ils ont soif de sens? Probablement, mais pourquoi le flot de leurs questions n’est-il jamais tari par nos réponses? Parce que celles-ci ne les satisfont pas?

Sans doute. Et c'est très humain, en fin de compte. La soif de sens nous taraude tous. Qu’on soit petit ou grand, on n’arrête jamais de demander pourquoi, à voix haute ou tout bas, et les réponses s’enchaînent sans jamais nous suffire. Une question reste entière, la plus haute, la dernière, qui demeure sans réponse - jusqu’à quand? Jusqu’à Qui?

Je souhaite bel anniversaire et longue vie à Monsieur Pourquoi, et qu’il continue la quête inlassablement, yeux levés vers le ciel, ses nuages, ses mystères, pour chercher à savoir ce qui se cache derrière.

Gladys Théodoloz