ECR

8 septembre 2010:

Sainte Nathalie
Eglise catholique romaine à Genève
Editorial Mars 2010: Carolina

Elle poireaute devant la Coop, tendant la main aux passants. Elle a l’air frigorifiée et désespérée. Il fait si froid en ce lundi d'hiver! Je fouille dans ma poche pour lui donner une pièce. Elle me remercie abondamment puis, dans un français très précaire, elle m'explique que son bébé est malade et qu'elle a froid aux pieds. Alors je lui file un billet et je vais lui acheter des bottes.

Et le lendemain, plutôt contente de moi, je me pointe au Foyer franciscain de Saint-Maurice pour participer à notre session sur la diaconie. Laquelle ne consiste pas - comme je l’apprends d’emblée - à faire quelque chose pour les pauvres, mais avec eux, vu que la diaconie est une fête de la tendresse et une communion. Zut alors! Moi qui me croyais très "diaconale" en donnant de l'argent à ma mendiante, j'ai fait tout faux, donc. Mais qu'aurais-je dû faire? A quelle fête de la tendresse fallait-il l'inviter? Et comment communier avec elle? Mystère.

Trois jours plus tard, en rentrant à Genève, je n'ai toujours pas de réponse. Devant la Coop, ma mendiante est toujours là, de plus en plus frigorifiée et désespérée. Elle souffre d'un abcès dentaire et de mille autres maux que je ne vous raconte pas.
Chaque jour qui passe, dirait-on, lui amène un nouveau lot de misères. J’essaie de parer au plus pressé, avec l'impression de m'être fourrée dans un sacré guêpier. Comment en sortir? Plus le temps passe, plus Carolina s’accroche à moi. Car elle s'appelle Carolina, je le sais parce qu'elle m'a montré son passeport. Je sais aussi qu'elle est croyante. Dans sa pochette de poitrine, là où elle garde ses papiers, j'ai vu une image pieuse: la croix franciscaine. De surcroît, chaque fois qu'on se rencontre, elle joint les mains et me montre le ciel. J’en déduis qu'elle prie pour moi. Peut-être que ça commence comme ça, la communion. Mystère.

Gladys Théodoloz